Larve de Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis)

Nos alliés les ennemis naturels

1 avril 2021 par

Sarah-Claude Bergeron Lafontaine

Dans le domaine de l’agroécologie, nous entendons souvent parler d’insectes auxiliaires ou encore d’insectes bénéfiques. Malheureusement, ces appellations ne sont pas toujours très claires! Dès que l’un a un effet répressif sur l’autre, nous devrions les nommer des ennemis naturels. Ceux qui nous intéressent ici sont les insectes, oiseaux, chauves-souris, amphibiens, reptiles, mammifères et micro-organismes qui ont un effet répressif sur les ravageurs. Ce sont des employés fiables, rigoureux et très compétents. Ils ne sont pas très connus, même s’ils devraient devenir vos employés de l’année. Allons découvrir les principaux!

Insectes

Les insectes sont souvent peu appréciés puisqu’ils aiment beaucoup manger les tendres cultures. Toutefois, plusieurs ont des rôles clés comme aérer le sol, décomposer la matière organique et polliniser les cultures. Il y a aussi les parasitoïdes et les prédateurs qui sont des chouchous lorsqu’il est question de répression de ravageurs.

Parasitoïdes

Braconidae (Aphidius Ervi)
Guêpe braconide (Aphidius ervi) avec l’abdomen recourbé vers l’avant pour insérer un œuf dans un puceron – © Joseph Moisan-De Serres, IRIIS phytoprotection

Les âmes sensibles doivent s’abstenir puisque nous parlerons de la dure vérité du cycle de la vie. Dans le groupe des guêpes et des mouches, certaines pondent leurs œufs sur ou dans les corps encore vivants d’autres insectes. Lorsque les œufs éclosent, l’hôte devient la première collation du tout petit en croissance. Il existe même des hyperparasitoïdes qui pondent dans la larve d’un premier parasitoïde qui se pensait en lieu sûr dans son repas, mais qui le devient à son tour. Il y a même des parasitoïdes quaternaires. Donc, un parasite dans un parasite, dans un parasite, dans un parasite dans l’hôte. Rendu là, on peut réécrire la chanson l’arbre est dans ses feuilles pour les parasitoïdes sont dans leur puceron.

Prédateurs

Ici nous parlons de dangereux prédateurs au même niveau que le lion ou le loup. En effet, il ne faut pas sous-estimer leur effet répressif sur les populations d’insectes ravageurs. La libellule peut sembler inoffensive, mais elle n’en laisse que très peu passer entre ses ailes, elle est prédatrice à tous ses stades de croissance. Quant à la coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata), sa larve peut consommer jusqu’à 100 pucerons par jour. Par contre, elle n’est pas une espèce indigène en Amérique. Elle aurait malheureusement pris la place de la coccinelle à neuf points (Coccinella novemnotata) qui était jadis très abondante au Canada et qui avait aussi un rôle clé dans la lutte aux pucerons. Il ne vous reste plus qu’à compter leurs points et les proies qu’elles mangent pour constater votre chance de les avoir!

Larve de coccinelle Asiatique (Harmonia Axyridis)
Larve de Coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) – © Joseph Moisan-De Serres, IRIIS phytoprotection

Oiseaux

Les oiseaux peuvent être de redoutables ennemis des cultures de petits fruits, mais il est indéniable que les insectivores et les prédateurs sont aussi d’excellents ennemis naturels, mais cette fois pour des ravageurs.

Insectivores

Hirondelle bicolore (Tachycineta bicolor)
Hirondelle bicolore (Tachycineta bicolor) – Libre de droits

Plusieurs oiseaux deviennent de grands chasseurs d’insectes, particulièrement durant le nourrissage des jeunes, comme quoi une petite bouillie d’insectes frais est équivalente à une petite purée de carottes pour nourrir sa progéniture. L’hirondelle bicolore (Tachycineta bicolor) est un insectivore typique des milieux agricoles et devrait particulièrement attirer notre attention puisque son déclin est préoccupant. Nous pourrions renverser la balance en augmentant les hirondelles au détriment des insectes ravageurs.

Prédateurs

Pie-grièche Migratrice (Lanius ludovicianus) – Libre de droits

Il n’y a pas que votre chat qui peut vous donner en cadeau de beau cadavre de souris. Les oiseaux de proie sont aussi de bons prédateurs et point positif, ils ne vous déposeront pas leurs proies à votre porte le matin lorsque vous buvez votre café. Il existe des prédateurs diurnes comme le pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) et nocturnes comme le petit-duc maculé (Megascops asio). Mais en voici un petit, mais débrouillard, la pie-grièche migratrice (Lanius ludovicianus), malheureusement menacée au Québec. Cette espèce n’a pas froid aux yeux en plaçant son nid souvent dans un bosquet d’aubépine, cet arbuste avec des épines de 5 à 10cm de long. En effet, la pie-grièche empale ses proies sur les épines ou sur un fils barbelé. C’est pourquoi, il ne faut pas sous-estimer les petits, ils peuvent avoir plus d’un tour dans leur sac.

 

 

Amphibiens

La majorité des amphibiens sont associés aux milieux aquatiques. Après avoir atteint l’âge adulte, certains individus migrent vers les milieux terrestres. Les amphibiens consomment une grande quantité de limaces, d’escargots, de chenilles et de coléoptères, c’est-à-dire ceux que tu ne souhaites pas avoir dans tes cultures.

Grenouilles

Grenouille Verte Américaine (Lithobates clamitans)
Grenouille Verte Américaine (Lithobates clamitans) – Libre de droits

Les grenouilles sont des indicateurs de qualité de leur milieu. En effet, elles ont la particularité de respirer par leur poumon, mais aussi par leur peau, ce qui les rend sensibles. La grenouille verte (Lithobates clamitans) se retrouve le plus souvent près d’étangs permanents et peut s’aventurer dans des champs agricoles à proximité. Comme quoi leur spectacle est signe de bonnes nouvelles surtout lorsque c’est un band nombreux et bien bruyant.

Crapauds

Les crapauds se retrouvent, durant la reproduction, dans des milieux hydriques peu profonds. Une fois adultes, ils s’aventurent dans une diversité d’habitats, dont les champs agricoles. Le crapaud d’Amérique (Anaxyrus americanus ssp. americanus) consomme régulièrement des limaces, des escargots et, à l’occasion, des altises. La prochaine fois que vous le verrez, complimentez-le au lieu de le traiter de boutonneux. Tous les goûts sont dans la nature.

Crapaud d'Amérique (Anaxyrus americanus ssp. americanus)
Crapaud d’Amérique (Anaxyrus americanus ssp. americanus) – Libre de droits

 

Reptiles

Couleuvre Rayée (Thamnophis sirtalis)
Couleuvre Rayée (Thamnophis sirtalis) – Libre de droits

Au Québec, les reptiles présents sont les couleuvres et les tortues. Elles se retrouvent toutes les deux en milieu agricole. Les couleuvres n’étant pas impérativement associées aux milieux aquatiques, elles peuvent y être plus rencontrées.

Couleuvres

Les couleuvres sont dépendantes du soleil pour emmagasiner de la chaleur avant de pouvoir s’activer. C’est comme vous, le matin avec votre dépendance au café. Elles utilisent une variété d’habitats et recherchent particulièrement les habitats exposés au soleil. La couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis) est commune au Québec et elle se nourrit de vers, gastéropodes, insectes, amphibiens et petits mammifères.

 

Mammifères

Petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus)
Petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) – Libre de droits

Nous pourrions parler du loup, de l’ours ou du lynx, mais franchement nous ne les croisons pas souvent en milieu agricole. Dans ce groupe, nous miserons sur la chauve-souris pour avoir une action répressive sur les ravageurs des cultures.

Chauves-souris

Les chauves-souris présentes au Québec sont strictement insectivores et chassent la nuit. Certaines espèces telles que la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) et la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus) sont observées en milieu agricole. Les populations sont en déclin marqué par le syndrome du museau blanc, d’où l’importance d’encourager des aménagements qui favorisent son établissement. Ces employés de nuit ne vous coûteront pas de primes supplémentaires.

 

Vous comprenez, maintenant, pourquoi nous devrions les appeler nos alliés les ennemis naturels. Il est sans aucun doute possible de les attirer et de les favoriser dans un agro-écosystème.

Pour aller plus loin dans votre lecture, nous vous invitons à télécharger notre document “Connaître les ennemis naturels des insectes ravageurs et favoriser leur activité dans les cultures maraîchères” publié sur Agri-Réseau. Ce document a été produit dans le cadre de l’intégration d’aménagement pour la biodiversité à la Ferme des Quatre-Temps.